Chair amour
Après le vif succès de La Visite, de Victor Haïm, au festival d'Avignon Off 2005, nous avons souhaité poursuivre par une œuvre du même auteur, mais dans un univers très différent : Chair amour est à la fois une comédie extravagante et une tragédie allégorique.
Bien avant La Visite, nous brûlions de mettre cette pièce "en chair" sur scène. Sa remarquable originalité comique n'est sans doute pas étrangère au fait qu'elle ait traversé l'Atlantique - jouée à Chicago - et fut traduite en maintes langues.
D'emblée, le chef-d'œuvre de Victor Haïm (nominé aux Molières en 1994) nous a séduits par la richesse et la musicalité de sa langue, dont la rigueur le dispute au burlesque des situations.
La construction dramatique est particulièrement intéressante : si cela commence comme une comédie, les rires francs vont subrepticement se transformer en rires jaunes, à tel point que le spectateur devra s'interroger sur le sens de son rire. Nous finirons même par nous en inquiéter. C'est là sa grande force.
Chair amour nous parle avant tout de séduction. La séduction qu'opère un monde étrange, où l'on se perd pour s'y découvrir complice de nos propres pulsions animales ici mises à nu. Nous nous retrouvons malgré nous plongés dans l'antichambre d'une force suprême, celle du fanatisme, du sacrifice et de la dévotion aveugle.
Sous l'apparence d'une pièce comique, l’œuvre donne à réfléchir : sur le pouvoir, thème de prédilection de l'auteur, et jusqu'à quelle extrémité celui-ci peut mener ; sur la barbarie aveugle, qui n'est jamais loin, et si la bête est terrassée (fût-ce ici par une femme), elle pourra ressurgir ; sur le destin, enfin : dans un univers qui nous dépasse, quelle attitude adopter ? Après tout, faire comme si tout cela avait un sens.
Cette comédie, à la force tragique, finit dans le sang, mais un sang libérateur ! Par quelques références, mais en touches légères, voire subtiles, le texte nous rappelle un passé pas si lointain : Marie-Elisabeth, Jules-Marie de Ronsignac et Galatée, sa fille, dans un déluge de cocasseries et de manipulations psychologiques, vont plonger dans l'univers d'un Bourgmestre totalitaire, dont on pressent la violence, la luxure, les machinations…
Victor Haïm nous fait l’honneur de mettre en scène lui-même cette œuvre majeure.
